Le Conservatoire d'Art et d'Histoire

La construction du séminaire par Jean d’ARENTHON d’ALEX

Evêque en 1661, Jean d’ARENTHON d’ALEX a fait de la réalisation du séminaire la priorité de son programme épiscopal. Il lui faudra vingt-sept années d’un combat acharné pour mener à bonne fin l’œuvre du séminaire.

Il aura à triompher de l’hostilité au projet que manifestent le chapitre cathédral et les représentants du clergé diocésain, inquiets de devoir participer financièrement sur leurs revenus ecclésiastiques (bénéfices). La Ville d’Annecy, estimant qu’elle a sur son territoire une trop forte densité d’établissements religieux (11 couvents pour 4500 habitants) exprime à son tour une forte opposition. Quant aux Dominicains, propriétaires de terrains limitrophes et aux Capucins, proches voisins du lieu d’implantation du futur séminaire, ils essaient par tout moyen d’en empêcher la construction : elle ne s’achèvera qu’en 1688, année qui verra la première rentrée des séminaristes.

Après avoir trouvé les fonds nécessaires à la construction, Jean d’ARENTHON d’ALEX se doit d’assurer le fonctionnement de l’établissement. Il lui attribue une rente perpétuelle provenant des revenus de ses bénéfices sur les riches commanderies de Chieri et Chivasso en Piémont. En 1675, il avait institué la Bourse des Pauvres Clercs, destinée à favoriser l’accès au séminaire des étudiants les plus démunis.

Doté de moyens financiers, installé dans des bâtiments neufs et fonctionnels, le grand séminaire commence une histoire qui durera presque trois siècles. Il aura fallu 125 ans pour que le diocèse de Genève-Annecy se conforme pleinement au décret du Concile de Trente.



L’évolution architecturale du bâtiment

En 1688, la construction se présente sous la forme d’un bâtiment à corps central flanqué de deux ailes. Un grand perron installé sur une terrasse en pente conduit à une porte au décor monumental. L’ensemble comporte deux étages. La toiture est mansardée.

Sous l’épiscopat de Mgr BIORD (1764-1785), le bâtiment est rehaussé d’un étage pris sur les mansardes. Une extension double la longueur de l’ancien corps central en direction du couchant.

Mgr RENDU (1843-1859) ferme ce prolongement par l’adjonction d’une troisième aile qui rend sa symétrie au plan d’ensemble. Une nouvelle entrée monumentale marque le centre de l’ensemble architectural ainsi agrandi. (Le perron à colonnes a été édifié vers 1870, sous l’épiscopat de Mgr MAGNIN). Une tour ronde est ajoutée à cette dernière aile, avec un effet de contraste qui sait rester discret.

Durant la seconde guerre mondiale, l’afflux de séminaristes réfugiés, et les besoins de l’heure, rendent nécessaire l’aménagement de chambres dans les combles.

A partir de 1975, après son rachat par le Conseil général de la Haute-Savoie, l’ensemble du bâtiment est entièrement rénové ; il devient alors le Conservatoire d’Art et d’Histoire.



Les dates mémorables du Grand Séminaire

1688 : Achèvement des bâtiments et inauguration par Mgr Jean d’ARENTHON dALEX

1715 :Victor-Amédée II, duc de Savoie et roi de Sicile* depuis 1713, séjourne au Séminaire avec son épouse Anne-Marie d’Orléans et leur fils le prince de Piémont, du 20 août au 27 septembre.
* Il sera fait, en 1718, roi de Sardaigne, titre qui qualifiera désormais la dynastie régnante de Savoie jusqu’en 1861, année de la création du royaume d’Italie.

1729 : De mars à septembre, Jean-Jacques ROUSSEAU est élève au Séminaire. Il y rencontre l’abbé GATIER qui lui donne des leçons de latin. ROUSSEAU en fera l’un des modèles de son « vicaire savoyard » dans La profession de foi du vicaire savoyard (Livre IV de l’Emile, 1762). Il racontera son expérience de séminariste dans Les Confessions (1781)

1773-1788 : François-Régis CLET, prêtre de la Mission, originaire du diocèse de Grenoble, est professeur au Grand Séminaire. Il est martyrisé en Chine en 1820 (et canonisé par le pape Jean-Paul II).

1792 : Les bâtiments du Grand Séminaire sont confisqués comme bien national.

1807 : Le Grand Séminaire devient l’hôpital d’Annecy après avoir servi de logement aux militaires.

1822 : Le diocèse d’Annecy est créé. Le titre de Genève est rattaché à l’évêché de Lausanne-Fribourg. Mgr de THIOLLAZ rétablit le séminaire.

1860 : Le traité de Turin règle le rattachement de la Savoie à la France. Les clauses de ce traité conservent aux établissements présentant un caractère d’utilité publique un statut privilégié échappant au droit français.

1870 : Lors de la guerre franco-prussienne, Mgr MAGNIN transforme le Grand Séminaire en ambulance. Une centaine de soldats blessés y sont soignés.

1905-1906 : Après le vote de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, le Grand Séminaire est mis sous séquestre. Il est ensuite utilisé comme caserne.

1923 : Un jugement du Tribunal de Grenoble rend la propriété du Grand Séminaire à la Bourse des Pauvres Clercs, conformément aux dispositions du Traité de Turin.

1970-1973 : La crise des vocations amène la fermeture du Grand Séminaire puis la vente des bâtiments au Conseil Général de la Haute-Savoie. Entièrement rénové, l’ancien Grand Séminaire devient le centre muséal du Département, et prend le nom de « Conservatoire d’Art et d’Histoire ».