Forum "Lycéens et Etudiants dans la Résistance"

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Le 14 novembre 2007, s'est tenu à la salle Pierre Martin au Conseil Général à Annecy, un forum réunissant personnalités et spécialistes de la Résistance de Haute-Savoie. Ce forum avait pour objectif de rapprocher des témoins de cette époque, alors étudiants et des élèves actuels du lycée Berthollet notamment.


Sous l'égide de la Société d'Entraide des Membres de la Légion d'Honneur (S.E.M.L.H section Haute-Savoie) ce forum a rassemblé les participants suivants :

Monsieur Henry-Xavier COHEN
Madame Jeanne BROUSSE
Monsieur Michel GERMAIN
le colonel Pierre DESROCHE
Monsieur Bernard NEPLAZ
Monsieur Jean DUBY
le Général d'armée Jean-René BACHELET

Henry-Xavier COHEN

Acteur cohen-henryPrésentation par Henry COHEN
Président du comité d'Annecy de la SEMLH

"Le comité de l’arrondissement d'Annecy des membres
de la Légion d'Honneur (SEMLH) a organisé cette réunion
qui contribue au «Devoir de Mémoire» que nous devons,
entre autres, à tous ces jeunes qui au péril de leur vie..."

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Acteur brousse-jeanneJeanne BROUSSE
Intervention de Jeanne BROUSSE
“Juste parmi les Nations”
Les raisons de mon engagement

"J'avais 18 ans, lors de la déclaration de guerre en 1939,
et je fus très vite sensibilisée par ce que je ressentais
de la tragédie à venir !"

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Issus de ce forum, nous vous présentons des articles, véritables "tranches de vies" vécues par d'anciens lycéens résistants.

Télécharger le livret distribué à la rentrée 2009 dans les collèges et lycées d'Annecy.


Extraits d'articles :

Acteur germain-michelIntervention de Michel GERMAIN
Historien de la Résistance

"Lorsque la guerre éclate, le système scolaire est troublé. Nombreux sont les instituteurs mobilisés. Mais, vaille que vaille, l’école reprend en octobre 1939 et l’année court jusqu'en juin 1940."

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Acteur desroche-pierreIntervention du Colonel Pierre DESROCHE
Responsable de la Résistance en Savoie

"L’histoire de la Résistance en Savoie et à Chambéry est exposée dans de nombreux ouvrages, tous s'accordent à dire que les premières manifestations de 'résistance' ont commencé dès l’automne 1940..."

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Acteur neplaz-bernardExtrait de l’intervention de Bernard NÉPLAZ
Délégué du Conseil général à la Mémoire du Monde Combattant

"Après avoir évoqué le combat de Foges où 12 maquisards F.T.P ont fait face une journée entière à l’assaut de plusieurs dizaines de miliciens renforcés par des centaines de GMR..."

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Acteur duby-jeanIntervention de Jean DUBY

Ancien élève du Lycée Berthollet
Rescapé des Combats du Vercors Oisans.

"En cette soirée du 14 novembre 2007, dans ce forum à la
mémoire des lycéens et Etudiants engagés dans la Résistance,
ma motivation est grande de rendre un ultime hommage à
mes camarades du maquis de l'Oisans..."

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Acteur bachelet-jean-reneConclusions du Général Jean-René BACHELET
Président de l'association des Glières

"... un témoignage ne se résume pas, il se reçoit, dans sa vérité et son authenticité. Cette vérité là est précieuse pour nos temps incertains; ..."

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Présentation par Henry COHEN
Président du comité d'Annecy de la SEMLH

Le comité de l’arrondissement d'Annecy des membres de la Légion d'Honneur (SEMLH) a organisé cette réunion qui contribue au «Devoir de Mémoire» que nous devons, entre autres, à tous ces jeunes qui au péril de leur vie se sont engagés dans la Résistance parce qu’ils ne se sont pas résignés à vivre dans une France occupée et à subir le régime nazi.

Nous avons souhaité apporter notre concours à l’édifice du «Devoir de Mémoire» particulièrement bien entretenu dans le département de la Haute-Savoie par de multiples acteurs entre lesquels je me permets de citer le Service Mémoire et Citoyenneté de la Direction des Affaires Culturelles du Conseil Général, les nombreuses Associations d'Anciens Combattants de la Résistance qui, avec l’appui de la Direction Départementale de l’O.N.A.C.* participent activement à entretenir la «Mémoire» de tous les combattants et en particulier de ceux de la Résistance. Il faudrait citer toutes ces associations. Je nommerai seulement I'association des Glières fondée par le Lieutenant Louis JOURDAN, seul officier rescapé des Glières. Je remercie le général d'armée Jean-René BACHELET, d'être ce soir parmi nous. Président de l'association des Glières, il a pris la suite de tous les présidents de cette association, qui ont oeuvré après la guerre, pour perpétuer le souvenir de l’héroïsme et du sacrifice des Maquisards des Glières et de leurs chefs le lieutenant Tom MOREL et le capitaine ANJOT.

Bien des jeunes qui avaient votre âge se sont engagés dans la Résistance et beaucoup ont payé de leur vie leur témérité. L'historien spécialiste de la Résistance, Jean-Pierre AZEMA a décrit ainsi leur comportement : «Ces jeunes dans la Résistance étaient les plus fervents, les plus enthousiastes, les plus idéalistes; ils étaient de ceux qui prenaient tous les risques».

Dans la même perspective le président de la république, Monsieur Jacques Chirac à écrit dans la préface du livre de Bernard FILLAIRE. Jusqu’au bout de la Résistance : «En entrant dans la Résistance, ces jeunes savaient qu’ils risquaient leurs vie. Ils avaient acceptés l’idée de ce sacrifice. Ce qu’ils ne pouvaient imaginer, c’étaient qu’ils risquaient plus encore et qu’ils deviendraient dans les camps de la Déportation, les témoins d’un crime inconnu des âges révolus, un crime sans exemple et sans précédent : Le crime contre l'humanité”.

L'actualité récente a rappelé la magnifique conduite et le sacrifice de Guy MOQUET et des lycéens du réseau du lycée Buffon. Il y en eut bien d'autres de ces jeunes, très jeunes, qui payèrent de leur vie leur engagement dans la Résistance. Il faudrait les citer tous, j'en rappellerai un seul : Henri FERTET, né en octobre 1926, fusillé par les allemands en septembre 1943 à 16 ans. Excellent élève du lycée Victor Hugo de Besançon, passionné d'histoire et d'archéologie, il entre en 1942, à 15 ans, dans un réseau de Résistance dans le Jura, transporte des messages, puis participe à des coups de main contre l'occupant, arrêté, emprisonné, torturé, il ne parlera pas. Il sera fusillé avec 15 autres jeunes de son réseau. Il sera fait Compagnon de la Libération à titre posthume en 1945. Il sera homologué dans le grade d’aspirant des Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I). Il recevra à titre posthume, la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, la Croix de Guerre 39-45, la Médaille de la Résistance, la Croix du Combattant Volontaire, la Médaille des Déportés et Internés de la Résistance.

A quels sentiments ont obéi tous ces jeunes qui sont entrés dans la Résistance ? Les interventions qui vont suivre nous le préciseront.

Je voudrai citer ce que déclarait l'un de ces jeunes entrés dans la Résistance qui deviendra par la suite un remarquable officier, après sa sortie de Saint-Cyr : il s'agit d'Hélie de SAINT-MARC : « Ma résistance a grandi en chemin. Au départ c'était un jeu, un défi de passer la ligne de démarcation en fraude. Cela me donnait un petit prestige. Lorsque j'ai été recruté comme passeur, j'ai mis toute ma fierté et le sens du secret dont est capable un jeune adolescent à qui l'on confie une mission et qui veut en être digne. C'est en résistant que je suis devenu Résistant. En discutant avec mon chef de réseau, j'ai pris conscience que mon rejet de l’occupant participait à un mouvement plus vaste, que c'était une attitude de vie, une éthique, qui a marqué ma vie ». Hélie de SAINT-MARC sera arrêté et déporté.

* O.N.A.C. (Office national des Anciens Combattants)

Intervention de Jeanne Brousse
“Juste parmi les Nations”
Les raisons de mon engagement

J'avais 18 ans, lors de la déclaration de guerre en 1939, et je fus très vite sensibilisée par ce que je ressentais de la tragédie à venir !

Après la "drôle de guerre" et l'invasion de la zone libre par les Allemands, j'ai réalisé, jour après jour, la somme de malheurs injustifiée et de drames qui atteignaient, dans notre pays, tant de victimes innocentes !

Je fus particulièrement ulcérée, lorsque des mesures iniques de discrimination furent édictées par le gouvernement de Vichy. Cela équivalait à livrer aux nazis pour être exterminée, toute la population juive, française ou étrangère.

Notre Haute-Savoie, proche de la Suisse, a vu venir sur son sol, de très nombreux Israélites qui fuyaient leurs demeures en zone occupée, traqués, angoissés, démunis du nécessaire, parfois obligés de porter l'étoile juive qui les livrait à l'infamie.

J’occupais alors des fonctions administratives à la Préfecture de Haute-Savoie, et les nécessités du service voulurent que je fus placée à l'accueil des réfugiés, déferlant des départements annexés d'Alsace-Lorraine, des zones interdites ou occupées.

Combien de situations douloureuses, voire tragiques, auxquelles je fus confrontée : Rien n'était encore officiellement organisé au début. Il fallait, rapidement, trouver des solutions individuelles, au coup par coup et en fonction des moyens matériels existant ou non, aux familles acculées. Que de tracas, de recherches, de subterfuges, de ruses et de risques auxquels je fus confrontée, avec ma famille, qui prenait part à ces sauvetages provisoires et improvisés. Il fallait aussi se méfier des "moutons", infiltrés dans ces convois de réfugiés qui risquaient de nous faire connaître une arrestation imminente. Que de situations cocasses, drôles ou tragiques ai-je connues parfois à travers ces événements vécus particulièrement de 1942 à 1945 !

Parmi ceux qui ont survécu, certains peuvent encore témoigner aujourd'hui. Ils devinrent mes amis. Oui, je me suis alors révoltée devant le sort atroce réservé à toutes ces victimes innocentes qui avaient le seul tort d'être nées Juives ! Et comme il n'était pas en mon pouvoir de prendre part à ce combat militairement ou par des actions violentes qui auraient mis en danger trop de monde, j'ai choisi et décidé, avec tout l’enthousiasme de ma jeunesse exigeante, de protéger, aider, camoufler, mettre à l'abri, selon les opportunités du moment, matériellement ou moralement, ceux et celles qui étaient eu danger, recherchés et poursuivis, soit parce qu'ils étaient résistants et n'admettais pas la soumission à l'ennemi, soit parce qu'ils étaient juifs et voués à l'extermination. Combien de jeunes !

Ce combat, je le poursuis encore aujourd'hui, car il est celui de la Justice, celui des Droits de l'homme et de la Vie de ceux au prix de dangers bien réels.

Je ne connaissais pas de Juifs avant ces événements : Il m'a été donné à cette époque d'en découvrir de nombreux, qui ont fait mon édification par leur fidélité à leurs traditions, à leur identité, si difficiles à observer en une telle effroyable conjoncture.

J'ai découvert qu'ils étaient des gens comme nous, alors qu'une certaine presse influente et l’enseignement du mépris, les avaient présentés trop longtemps comme boucs émissaires de tous les maux !

Avec dignité essayaient-ils de faire face à l'adversité et de quelle grandeur faisaient-ils preuve, lorsqu'il se voyaient arrachés de leur foyer par des hordes nazies, subissant d'horrible sévices ils se voyaient enlevés à leurs enfants, lorsque ceux-ci n'avaient pas déjà été dirigés vers les sinistres chambres à gaz.

J'ai souffert durement de voir mes frères humains voués à un tel martyre par des hommes qui ne méritaient pas ce nom.

Aussi, avec tous les moyens dont je disposais, je me suis acharnée à trouver des solutions pour que soit épargné le plus grand nombre de ceux qui venaient à moi.

Je dois rendre hommage à ceux qui voulurent bien m'aider et furent mes complices, actifs ou silencieux : c'est aussi grâce à eux que j'ai pu agir mieux et plus efficacement.

Après plus de soixante ans d'une paix trop souvent troublée, je constate avec peine combien, hélas, tout risque de recommencer. Je considère que nous n'avons pas le droit de nous démobiliser et, pour ceux qui jusque-là ne se sont pas sentis concernés, qu'ils prennent le départ pour ce combat qui consiste à réagir contre toute oppression envers celui qui est différent, qu'elle soit physique ou morale, qu'elle soit écrite ou verbale.

Il faut adhérer, militer dans un organisme ou mouvement susceptible d'appuyer protestations ou réactions, éclairer, informer, dialoguer, et ne rien laisser passer de ces idées taboues ou jetant l'anathème contre telle personne ou groupe humain, tout simplement parce que nous n'admettons pas la différence. C'est de nous-mêmes tout d'abord, qu'il faut extirper les germes, latents en toute personne, de ceux qui hélas engendrent trop souvent un racisme primaire.

P.S. : Mon engagement fut aussi très influencé par l'exemple de l’Abbé Camille Folliet, dont je connus très vite les prises de position, de par son appartenance à « Témoignage Chrétien ». Et par mon environnement familial : Mère d'une famille profondément chrétienne, ancrée dans des conditions d'accueil, d'hospitalité et de compassion. Famille toujours prête à aider; à porter assistance; témoignage dont je me suis inspirée tout au long de ma vie !



Intervention de Michel GERMAIN
Historien de la Résistance

Lorsque la guerre éclate, le système scolaire est troublé. Nombreux sont les instituteurs mobilisés. Mais, vaille que vaille, l’école reprend en octobre 1939 et l’année court jusqu'en juin 1940. Avec la défaite et l’installation de l'état français du maréchal Pétain, l'école va encore être malmenée. Plusieurs enseignants sont prisonniers, d'autres sont déplacés par décision du gouvernement de Vichy. De plus, le gouvernement ferme les écoles normales, «pépinières de communistes» selon ses dires. Les «élèves maîtres» sont alors transférés dans d'autres établissements scolaires. En Haute-Savoie, ils sont une vingtaine transférés au lycée Berthollet.

Si la scolarité primaire est développée dans notre pays, il faut rappeler que l'école n'est obligatoire que jusqu'à 14 ans et que de nombreux élèves quittent l'école après un CAP* ou le certificat d'études primaires. Ils sont donc rares, les jeunes qui poursuivent des études en lycée. Il ne faut pas vouloir comparer le système scolaire secondaire avec l’actuel. On ne compte que trois lycées (collèges) dans notre département dont le lycée Berthollet à Annecy fort de 470 élèves environ.

Quelle peut être l'attitude de jeunes de 14 à 18 ans devant la situation nouvellement créée en juillet 1940 ? Ils sont à un âge où l'on est très influençable et donc leurs relations, leur entourage, les enseignants et la famille vont jouer un grand rôle dans leur comportement. Ces jeunes, comme les adultes, subissent les restrictions, les privations de libertés et puis enfin l'occupation de l’ennemi italien puis allemand. Si certains s'accommoderont de tout cela, un certain nombre va se révolter et entrer dans la Résistance.

Certains d'entre eux font parties de groupes structurés comme les Jeunesses catholiques (JEC ou JAC) ou les Jeunesses communistes. Pour eux, la suite logique est la Résistance. Les enseignants issus de la Guerre 14-18, sont majoritairement républicains, laïcs et défenseurs des droits de l'homme et ils ont inculqué ces valeurs à leurs élèves. Ces idées faisant leur chemin, nombreux sont les jeunes qui les mettront en pratique dans la Résistance. On retrouve donc un engagement collectif pour certains jeunes au sein d'organismes et un engagement individuel pour d'autres, qui dépend lui de l’attitude des parents, de l'institue ou du curé le plus souvent, voire parfois d'un camarade.

Au lycée annécien, se trouvent plusieurs enseignants résistants, qui résistent sans «le chanter sur les toits». Certains aujourd'hui ont oublié que la Résistance c'est d'abord une affaire de clandestins. Mais la police française ou la Gestapo recherchèrent sans relâche plusieurs «profs de Berto», comme messieurs Thysse ou Ventre, par exemple. Certes, il y avait aussi dans cet établissement, un enseignant chantre du régime de Vichy. Lui s'affichait au grand jour et le choix ne pouvait que s'obscurcir pour les lycéens. L’instituteur résistant - fort nombreux en Haute-Savoie - continuait son travail d'enseignant, car pour lui ce qui comptait le plus c'est la protection de ses élèves et écoutant scrupuleusement Vichy, on pouvait croire qu'il était pétainiste ou collabo. Mais la nuit, le jeudi ou le dimanche, il était résistant. Dans certaines campagnes, les instituteurs ont pris de très gros risques et ils ont été très souvent suivis par les Jeunes du village.

En écrivant ces lignes, je pense, entre autres, au professeur de mathématiques Louis Joly de Thonon, décédé à Dachau en 1944, à Alice Déléan, institutrice morte au Kommando d'Amstetten (Mauthausen) le 20 mars 1945. Je pourrais encore citer : Henri Corbet, Albert André etc... en mémoire de tous les autres.

Quoi qu'il en soit, les jeunes sont nombreux à entrer dans la Résistance. Certains diront, mais c'est facile et indécent aujourd'hui, qu'ils n'ont pas beaucoup réfléchi et qu'ils ont fait beaucoup d'erreurs. C'est oublier un peu vite que ces jeunes, même jeunes, ont une conscience et qu'ils se sont engagés au nom d'une idéologie de démocratie et de vraies valeurs qui nous tiennent tant à coeur aujourd'hui.

Je suis en train de terminer le Mémorial de la Seconde guerre mondiale en Haute-Savoie et je puis dire que les moins de 18 ans «Morts pour la France» sont 86 à avoir donné leur jeunesse et leur vie. Les jeunes nés en 1925, morts le plus souvent à 19ans, sont 48 ; ceux nés en 1926 sont 22, ceux de 1927 sont encore 12 et quatre jeunes sont nés en 1928 et 1929. Que dire de Rémi Page, né en mai 1929 que les Allemands assassinent le 12 juin 1944 à Motz ? Il venait d'avoir 15 ans. Régis Saddier et Georges Jolowiez étaient nés en 1928. Tous deux sont morts les armes à la main lors des combats de la Libération, le premier à Cluses, le second à Machilly en août 1944. A peine 16 ans. Georges Pochon, né cette même année est décédé à Flossenburg le 31 décembre 1944. Il faisait partie des 24 jeunes communistes arrêtés par la police française et déportés dans les camps de concentration nazis. Son copain André Ecuer, mort à Leitmeritz le 20 décembre 1944 n'était âgé que de quelques mois de plus que lui. Gilbert Tapponnier, né le 31 mars 1927, élève à l’Ecole Professionnelle Supérieure de garçons de Saint-Julien-en-Genevois qui, à 16 ans, vient de réussir l’entrée à l’E.N. tombe sous les balles ennemies lors des combats de Chevrier en août 1944. Comme tous nos jeunes, il figure sur les stèles, les monuments et autres plaques du souvenir, comme celles de l'I.U.F.M.* de Bonneville ou du Lycée Berthollet d'Annecy.

Sur ces dernières, on lit beaucoup trop de noms de jeunes et notamment ceux de Georges Duffaud (21 ans), Max Robert (22 ans) et Charly Vallin (21 ans), maquisards avec Hubert Ruggeri et Jean Duby, qui évoque toujours la mémoire de ses camarades avec beaucoup de respect et d'émotion.

On se souvient toujours en Haute-Savoie du Jeune Simon, François Servan né le 27 janvier 1925 qui meurt les armes à la main le 23 janvier 1943. Il allait avoir 18 ans. Je pourrais aussi vous parler du jeune mégevan André Reussner qui, fusillé par un peloton d'exécution français à la Ducbère dans l’après-midi du 4 août 1944 n'avait que 18 ans et demi. Au curé qui l'accompagne jusqu'au supplice, le pasteur n'ayant pu arriver à temps, il dit son regret de faire de la peine à ses parents, mais il ne regrette rien de ce qu'il a fait «car c'était pour la France». Il nous laisse une lettre émouvante comme celles que ces jeunes ont écrites quelques heures avant leur exécution.

Et je pourrais rappeler les noms de tous ces «gamins», morts les armes à la main, fusillés «au coin d'un bois» par l’ennemi ou décédés en déportation pour le seul fait d'avoir voulu vivre libres et debout. Tous se sont lancés dans la «bagarre» avec la fougue de leur jeunesse, et je pense à certains «que j'ai bien connus» depuis le temps que je les côtoie dans mes travaux. En citer quelques uns serait oublier les autres, mais vous les retrouverez tous dans le Mémorial. On ne peut encore oublier le grand nombre de jeunes qui à l’orée de leurs 18 ans se sont engagés ou ont été «engagés» dans la première Armée après la Libération et qui donnèrent leur vie pour plus d'une vingtaine d'entre eux. On ne peut oublier non plus des jeunes originaires de Haute-Savoie qui sont morts les armes à la main comme F.F.I. dans d’autres régions de France ou fusillés par l'ennemi.

On leur doit, à eux comme aux adultes (2148 sont «morts pour la France» entre 1939 et 1945), la mémoire, le respect et le devoir de poursuivre le combat pour la défense des libertés, des droits de l'homme et des vraies valeurs de la Démocratie auxquels nous sommes tant attachés.


Intervention du colonel Pierre DESROCHE
Responsable de la Résistance en Savoie

L’histoire de la Résistance en Savoie et à Chambéry est exposée dans de nombreux ouvrages, tous s'accordent à dire que les premières manifestations de "résistance" ont commencé dès l’automne 1940, c'est-à-dire à la rentrée scolaire d'octobre, au lycée de garçons de Chambéry (actuellement lycée Vaugelas) sous l'impulsion de Pierre Dumas, ancien maire de Chambéry, ancien Ministre.

Ce qui donne toute sa valeur à cette démarche des “Jeunes Gaullistes", au moment où la France connaît les épreuves les plus tragiques de toute son histoire.

L'armée française, que l'on croyait la première du monde, est battue en quelques jours; cent mille morts, un million cinq cent mille prisonniers, des millions de réfugiés errant sur les routes. Les Français n'ont plus d'espérance. Ils sont déboussolés. Entre Pétain demandant l'armistice et De Gaulle qui appelle à continuer le combat, l'immense majorité des Français choisit le premier.

C'est l'honneur de ces “Jeunes Gaullistes” venant du lycée Vaugelas, d’avoir les premiers relevé le flambeau et le défi.

Le lycée et les murs de la ville fleurissent de Croix de Lorraine. Des ampoules d’encre sont fabriquées pour être jetées sur les affiches de Pétain ou de propagande de Vichy.

Des tracts fabriqués artisanalement (parfois à la main et recopiés) sont distribués. La manifestation du 11 novembre 1940 à Paris à l'Arc de Triomphe et sur les Champs Elysées, l'arrestation de nombreux lycéens et étudiants par les polices françaises et allemandes furent un encouragement pour les jeunes gaullistes, à résister à Vichy et à l'Allemagne.

Coiffés désormais par “Libération”, mouvement national de Résistance, les jeunes gaullistes se répartiront en plusieurs trentaines. Plus tard, lors de la constituions des MUR*, les trentaines firent partie intégrante de l’AS*.

Pour ce qui concerne la trentaine du lycée, elle fut successivement animée par Pierre Dumas, puis a partir de l’arrestation de celui-ci par les italiens, au printemps 43 par Pierre Desroche. Les opérations de collage d'affiches ou de distribution de tracts furent intensifiées, «Libération» fournissant affiches, tracts ou journaux.

La nuit tombée, chaque membre de la trentaine venait chercher le matériel de propagande et les pots de colle. Par groupe de deux ou trois, la distribution et le collage se faisaient dans les différents quartiers. Cette activité continua pendant l'occupation italienne de novembre 42 à septembre 43, puis sous celle des allemands. Ce n'était pas sans risque.

Au fur et à mesure que l'occupation italienne puis allemande devinrent plus dures, la trentaine du lycée organisa ou participa à des actions à caractère para-militaires ou même militaires.

Nuit du 28 au 29 mai 1943
Participation au coup de main sur l'usine Rives désaffectée
et transformée en dépôt régional d'habillements
des chantiers de jeunesse.

Il s'agissait de récupérer cet habillement pour équiper les Maquis de la Haute-Savoie et celui des Glières en particulier. Quelques jours auparavant, deux lycéens (Guy de Lavareille et Jacques Desroche) avaient repéré les lieux et dressé un plan de ceux-ci. Par suite d'une indiscrétion, la police intervint et l'affaire rata. Pour beaucoup d'entre nous ce fut le baptême du feu, la police ayant ouvert le feu sans sommation.

24 décembre 1943, en signe de protestation, assistance massive à Bassens aux obsèques de Roger Dumas abattu par la milice place Porte-Reine à Chambéry.

10 janvier 1944, de même, participation au côté d'une foule énorme de chambériens aux obsèques d'Ernest Grangeat abattu par les allemands. Pour la première fois les chambériens se réunissaient, communiant dans la douleur et la protestation.

8 au 20 février 1944, la trentaine du lycée, agissant seule, récupère, au col du Crucifix (chaîne de l'Epine) un parachutage d'armes et munitions et en assure par la suite la répartition...

Mars 1944 avec le groupe Franc “La Vapeur", participation de membres de la trentaine du lycée à des coups de main contre des menées anti-nationales, destruction du siège de propagande de la L.V.F. rue Juiverie. Au cours d'une de ces actions, un petit groupe de chez nous essuya, justement devant le lycée, une fusillade nourrie de la part d'officiers allemands en uniforme, heureusement sans victimes de notre côté.

A partir d'avril 1944, la Gestapo commença à s’intéresser à notre trentaine. Pierre Desroche échappe de peu à l’arrestation. La trentaine éclate et individuellement chacun se met à l'abri ou rejoint le Maquis.

On retrouvera tous ceux qui ont milité de 1940 à 1944 dans cette trentaine, au maquis des Bauges, au maquis du Beaufortain. Ils participeront aux combats de la libération au bataillon Savoie ou au bataillon Bulle (13e BCA et 7e BCA plus tard). Tout au long de ces années noires, nombreux sont ceux qui furent arrêtés, torturés, fusillés, déportés et moururent en déportation.

* MUR (Mouvements Unifiés de la Résistance) - AS (Armée Secrète)
L.V.F. (Légion des Volontaires Français) - BCA (Bataillon Chasseurs Alpins)



Extrait de l'intervention de Bernard NEPLAZ
Délégué du Conseil général à la Mémoire du Monde Combattant

Après avoir évoqué le combat de Foges où 12 maquisards F.T.P.* ont fait face une journée entière à l’assaut de plusieurs dizaines de miliciens renforcés par des centaines de GMR,* Bernard Néplaz évoque un souvenir personnel lié à cet événement. Il avait alors 12 ans.

Les miliciens quant à eux ont eu des pertes sérieuses, sans qu'il soit possible aujourd'hui encore de les chiffrer exactement Le combat de Foges est au coeur des discussions au collège, mais nous les élèves nous ne doutons pas que nous allons y être mêlés indirectement.

Le mercredi matin la classe commence normalement à 8h00. A 9h00 tous les élèves sont rassemblés dans la cour et formés en cortège : Encadrés par les professeurs et les pions, nous voilà conduits à l'enterrement des miliciens. Les grands sont en tête du cortège tandis que nous les sixièmes nous fermons la marche. Nous sommes furieux : en sortant du collège nous chantonnons : «Ah il fallait pas, il fallait qu'ils y aillent. Ah il fallait pas, il fallait pas y aller» En attendant nous aussi on y va. Et soudain au premier carrefour, nous apercevons un groupe de grands élèves, une quinzaine, qui fuient en courant par le boulevard des Trolliettes. Carrefour suivant même scénario en tête du cortège. Arrivant devant le champignon de la Versoie. Cette fois c’est mon tour avec une dizaine d’élèves de sixième de filer par le petit chemin qui descend le long du Parc Thermal. A l’arrivée devant l'église, ce n'est plus qu'un maigre contingent d'élèves issus de familles collabos qui va participer à la cérémonie.

Nous sommes fiers de notre action. Il est vrai que nous les plus jeunes, on ne risquait pas grand-chose. Mais les grands, à peine plus jeunes que ceux qui étaient dans le maquis ?

Ce jour là, alors que la répression battait sont plein, la jeunesse chablaisienne avait montré pour qui battait son coeur !

* F.T.P. (Franc Tireur Partisan) - G.M.R. (Groupe Mobile de Réserve)


Intervention de Jean DUBY
Ancien élève du Lycée Berthollet
Rescapé des Combats du Vercors Oisans

En cette soirée du 14 novembre 2007, dans ce forum à la mémoire des lycéens et Etudiants engagés dans la Résistance, ma motivation est grande de rendre un ultime hommage à mes camarades du maquis de l'Oisans, mes condisciples du lycée Berthollet morts pour la France à vingt ans à mes cotés, dans les combats du Poursollet en août 1944. Il s'agit simplement de présenter à tous les jeunes, mes trois amis du lycée Berthollet de 1940 à 1943. Il ne s’agit pas de conter des anecdotes d’un temps lointain mais de tenter de vous faire revivre l’histoire de trois jeunes de votre âge, d’expliquer pourquoi ils ont donné leur vie de 20 ans afin que vous puissiez normalement poursuivre vos études et, que leurs noms ne figurent pas simplement sur le marbre froid du hall d’entrée au Lycée Berthollet.

Juin 1940
Notre pays, la France, subit une défaite sans précédent. Les blindés ennemis sont aux portes de la Haute-Savoie, à la Chambotte, à Fort l’Ecluse, aux portes de Rumilly.

• 17 Juin 1940, le Maréchal Pétain annonce la fin des combats.
• 18 Juin 1940, de Londres, c’est l’appel du Général De Gaulle.
• 22 Juin 1940, l'armistice franco allemand est signé à Rethondes.

Octobre 1940
L’école normale d’Instituteurs de Bonneville est supprimée par le gouvernement de Vichy. Pourquoi ? le nouveau gouvernement rend les instituteurs et les écoles normales qui ont formé ces enseignants responsables de la défaite. Ne sont-ils pas porteurs des idéaux de liberté, d’égalité, de paix, de tolérance ? Idéaux qui sont rejetés par ce gouvernement de défaite. Pourtant que d’instituteurs, que d’enseignants ont accompli leur devoir de patriotes sur tous les fronts en 1940 ? Et combien sont morts pour la France en 14-18 et 39-45 ?

Le concours d’entrée à l’école normale a bien eu lieu en juin dans des conditions difficiles, la guerre étant aux portes d'Annecy. Les 18 lauréats sur 180 postulants ayant réussi au concours sont convoqués au lycée d'Annecy.

Ils sont 18 en blouse grise contrastant avec la mise élégante des jeunes lycéens d’alors issus de la bourgeoisie annécienne. L’appellation élève maître est à peine tolérée par une administration lycéenne, vile et pleutre devant le nouveau pouvoir qu’est l'état Français mais rigoureuse et intransigeante pour les nouveaux arrivants.

Les 18, bloc compact et solidaire, n’hésitent pas à adopter une devise qui sera imprimée selon la tradition d’alors, sur la carte de promotion envoyée dans tout le département et au-delà.

Ils ont fait leurs ces vers de Victor Hugo qui claquent comme un défi et qui constituent à l’époque l’un des premiers actes de Résistance.

Je voudrais n’être pas Français pour pouvoir dire
Que je te choisis France, et que dans ton martyre
Je te proclame, toi que ronge le vautour
Ma patrie et ma gloire et mon unique amour.

1940-1943
Malgré les pressions, malgré les voix officielles de la collaboration, malgré le manque de liberté, malgré la faim, une faim terrible, malgré le froid, la résistance s’organise à l'intérieur du lycée dès 1941, avec la collaboration des mouvements extérieurs.

Très bons élèves, les “18” jouissent de la sympathie du corps professoral en général. D’ailleurs certains enseignants apportent leur soutien dans leur attitude résolue de résistance : Paul Guiton professeur agrégé d’Italien, Paul Thisse professeur agrégé de mathématiques, Raymond Ventre (Paul Raymond dans la résistance) qui devient le véritable mentor du groupe de résistants.

Juin 1943
Le baccalauréat se passe dans les pires conditions. Les lycéens n’ont ils pas refusé, lors de la cérémonie du salut aux couleurs bi-hebdomadaire de chanter le “couplet du Maréchal” ? L’administration, désemparée devant un tel sacrilège prend des mesures draconiennes : exclusion immédiate des internes, livrets scolaires confisqués, sévères rapports à l’égard des “meneurs”, rapports très durs transmis à l’inspection académique, au rectorat, à la police à la préfecture.

Les épreuves du baccalauréat à peine terminées ce sont les brutales et intransigeantes mesures nationales. STO* pour certains (classe 42), les chantiers de jeunesse pour d’autres (classe 43).

Les chantiers de jeunesse seront écourtés l’occupant allemand ayant pris l’initiative de les transférer soit dans des usines de guerre poudrerie de Saint Médard, soit dans les travaux de fortifications des côtes de l’Atlantique (organisation Todt). Tous ces “anciens” élèves n’acceptent pas ces ordres brutaux contraires à leurs idéaux civiques et patriotiques. Ils n’hésitent pas à rejoindre les formations armées du maquis et devenir des “hors la loi”, à prendre les armes.

Après les combats des Glières en mars 44, la situation en Haute-Savoie devient de plus en plus difficile pour ces “déserteurs” des chantiers de jeunesse, ces “réfractaires” du STO*, ces maquisards pourchassés par les forces de police de Vichy, par la Milice, par les troupes d’occupation.

Cinq d’entre eux rejoignent les formations de résistance du département de l’Isère et sont incorporés au sein de la section Porte ”Les Bruleurs de Loups” dans l’Oisans. Sur les cinq, trois ne sont pas revenus : Charly Vallin, Max Robert, Georges Duffaud... ou sont revenus dans des cercueils.

13 août 1944
Après des journées de marches, d’embuscades, de combats, ils se retrouvent dans la cuvette glaciaire du lac du Poursollet au coeur du massif du Taillefer en Oisans.

Le ciel promet une très belle journée le soleil est déjà haut. Les jeunes (tout en groupe) aspirent à quelques heures de répit. Certains vont prendre un bain dans le lac proche, deux autres se sont rendus au village, ont acquis farine, oeufs et beurre et s’apprêtent à faire des crêpes. C’est dimanche !

Un avion à croix gammée dans l’azur ! En habitués de ces incursions, les maquisards se dissimulent sous les frondaisons proches.

A contre jour, émergeant de la forêt, des hommes avancent armes à la main. Brutalement, c’est un guttural hurlement “heil Hitler”. Immédiatement, des détonations de toutes parts. Charly Vallin et ses camarades se plaquent au sol et tirent, tirent. Un des assaillants, les bras en avant s’effondre à quelques pas des maquisards. C’est le vacarme infernal du combat. Aux rafales des pistolets mitrailleurs nazis répondent des claquements secs de nos fusils tandis que notre fusil mitrailleur lâche de longues rafales.

En courant, les soldats allemands arrivent toujours plus nombreux. Notre fusil mitrailleur s’est tu. Charly Vallin voulant protéger son groupe hurle à son compagnon proche : “Décroche le premier et tu m’attends”. Le compagnon de Charly se glisse quelques mètres dans la pente. Charly ne vient pas. Que fait’il ? Des instants qui semblent des siècles! Le fracas de la bataille submerge tout, détonations, sifflements. Une tentative de retour vers la position tenue par Charly se heurte à un réseau de balles et c’est la chute au fond d’un ravin finalement salvateur.

Jeudi 17 août 1944 au matin
Dans la pénombre de l’aurore le camarade de Charly, après quatre jours d’errance dans une montagne inconnue, meurtri, blessé, sans manger, ni boire, se retrouve au Poursollet. Atmosphère lourde, pénible, odeur nauséabonde.

Quelques pas : Un dormeur. Non ! le cadavre de notre tireur au fusil mitrailleur, l’épaule arrachée probablement par une balle explosive. Quelques pas encore ! Une tôle, des pieds chaussés qui dépassent, sur cette tôle un casque, sur ce casque écrit à l’aide d’un morceau de plâtre : “Vallin Charly mort pour la France le 13 août 1944”.

C’est trop pour un gosse de 20 ans qui s’effondre auprès de son ami mort. Un long moment s’écoule; péniblement le copain se traîne au dessus du lac et se dissimule derrière des buissons. Bruit d’une troupe qui arrive par le sentier. Une patrouille allemande ? Non des gosses, des scouts 12-13 ans accompagnés par un jeune prêtre en soutane. La bande s’égaille. Que viennent-ils faire dans un tel paysage ? “Monsieur l’Abbé, encore un ici !”Mais, ils sont à la recherche des cadavres de maquisards ! Deux s’approchent du repère de l’ami de Charly, sale, hirsute qui se découvre et c’est la joie de ces deux gamins : “Monsieur l’Abbé encore un et il est vivant celui-là !”.

Charly Vallin, mort en héros, est abandonné pour l’instant en ce lieu. Il faut reprendre le combat !

Max Robert, intelligence supérieure, esprit mathématique et scientifique remarquable était promis à une brillante carrière. Il avait pu s’échapper de “l’enfer du Poursollet”. Repris dans des circonstances dramatiques, il fut conduit au quartier général ennemi installé dans l’école du village. Il subit un interrogatoire sévère et musclé, mais ne livra aucun renseignement, ne dénonçant aucun camarade. Ses paroles frappèrent d’admiration l’officier allemand assistant à cet interrogatoire. S’exprimant parfaitement en français, ce dernier les rapporta à l’institutrice du lieu. “Nous venons de fusiller un grand Français”, courageusement elle répondit “c’est encore un crime que vous venez de commettre” si je vous disais que ce jeune français est un instituteur, peut-être vous prêteriez attention à mon propos.

• Vous êtes un terroriste lui fut-il clamé.
• Non je suis un soldat de De Gaulle, un soldat de France.
• Vous serez fusillé.
• Je serai mort tout de même pour la France.

Conduit au bord de la Romanche, il eut le temps de crier “Vive la France” avant d’être abattu par une rafale de balles.

Son corps jeté dans le torrent ne fut retrouvé par son père que six semaines plus tard.

Quant à Georges Duffaud, jeune garçon plein d’enthousiasme; il ne pouvait supporter le joug nazi. Il était le camarade exemplaire, toujours serviable, toujours volontaire.

Après le combat du Poursollet, traqué dans la forêt dauphinoise, il parvint au village des Clots de Riouperoux, frappa à la porte de l’école où l’institutrice lui indiqua un refuge dans la montagne. Harassé par les combats des jours précédents, poussé par la faim, il revint après quatre journées de solitude jusqu’à la première maison du village où une vieille maman lui donna un morceau de pain, un trésor à l’époque. Sortant de ce lieu hospitalier, Georges se fit stupidement prendre par une patrouille allemande.

Sa mort fut à l’image de sa vie, toute de courage et d’abnégation. Frappé par la soldatesque barbare, il ne livra aucun renseignement quant à l’organisation à laquelle il appartenait. Il n’hésita pas à mentir pour la première fois de sa vie peut-être, s’accusant de vol au détriment de cette femme hospitalière afin qu’elle ne subisse pas, elle aussi les sévices de ces bourreaux déchaînés dans la plus horrible des guerres.

Ramené à l’endroit même où il avait trouvé refuge, sous la menace des armes, il dut creuser sa propre tombe.

La pioche crissant sur les granits de Taillefer, peut-être a-t-il eu une pensée semblable à celle de Guy Moquet, de Paul Camphin fusillé au Montvalérien “Je vais quitter ma petite vie de vingt ans pour que les enfants du Monde puissent vivre libres et heureux”. Quelques semaines après, c’était la Libération. Le corps de Georges fut exhumé, le médecin légiste ne découvrit aucune trace de balle sur son corps martyrisé. Georges avait été enterré vivant.

Septembre 1944
Avant le départ pour le front de Haute Maurienne les rescapés de la section ont pour mission la descente des corps de leurs copains morts au combat. Nos prisonniers adversaires des jours précédents sont chargés de monter au Poursollet les cercueils vides et de les redescendre.

Leur tâche est rude, nous la comprenons. Aucune insulte, aucune brutalité à l’égard de nos tortionnaires des jours précédents. Nous ménageons une halte. Nous sommes plusieurs futurs enseignants.

L’un de nous se lève.
• Les gars jurons d’enseigner à nos élèves la haine des Allemands. La réponse arrive immédiatement cinglante, brutale.
• Non jurons de leur enseigner la haine du nazisme, du fascisme, du racisme, de la guerre.

Nous nous sommes levés et avons prêté ce serment. Tel était l’état d’esprit de la section des Brûleurs de Loups de l’Oisans.

Pour conclure Charly Vallin, Max Robert, Georges Duffaud ne méritent-ils pas autres chose qu’un nom gravé dans le marbre froid ?

Ne méritent-ils pas que, les jeunes du 21ème siècle connaissent le pourquoi de leur sacrifice et qu’ils aient une simple pensée de reconnaissance à leur égard ?


Conclusions du Général Jean-René BACHELET
Président de l'association des Glières

En conclusion d'une soirée telle que celle-ci, on sera déçu si l'on attend de moi on ne sait quelle synthèse des interventions.

En effet, ces interventions étaient pour l’essentiel des témoignages; or un témoignage ne se résume pas, il se reçoit, dans sa vérité et son authenticité.

Cette vérité là est précieuse pour nos temps incertains; elle est plus encore nécessaire, plus de soixante ans après des événements que le temps risque d'estomper, encourageant ainsi un certain relativisme.

Or, les témoins ici présents ont vécu ces temps tragiques où les valeurs au nom desquelles la France s'est constituée en tant que nation au fil des siècles, étaient bâillonnées et trahies. A peine sortis de l'adolescence, avec l'intransigeance, la fougue et la générosité de la jeunesse, ils ont refusé cet abandon de ce qui était pour eux l’âme de la France; ils ne se sont pas résignés à la nuit de l’occupation, aux ignobles discriminations, à la haine meurtrière. Ils se sont dressés au nom d'une certaine idée de la France, indissociable de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Au nom de cela, des garçons ont pu, à dix-huit ans, faire le sacrifice de leur vie.

Voilà pourquoi leur témoignage est essentiel car il nous rappelle, avec une force sans pareille, au nom de quoi nous voulons vivre ensemble dans notre pays.

Mais dira-t-on, ceux qui sont rassemblés dans cette salle, non seulement sont convaincus de tout cela, mais ont depuis de très longue date, quitté les rivages de l’adolescence... Les quelques lycéens ici présents et que nous devons féliciter pour cela ne peuvent masquer l’absence du plus grand nombre. A ceux que ce constat pourrait incliner au désabusement, je veux suggérer de ne pas tirer des conclusions hâtives.

En effet, tous ceux, dans ce département, qui ont contact avec les enseignants et les élèves à la faveur du concours de la Résistance ou encore des nombreuses activités dont Glières et Morette sont le support, font la même observation : la Résistance, telle qu'elle a trouvé à se concrétiser en Haute-Savoie est, tant pour les enseignants que pour les élèves, chacun dans son rôle, un exceptionnel révélateur des valeurs à transmettre à la faveur de ce qu'on appelle aujourd'hui «L’éducation à la citoyenneté».

Je suis donc convaincu que les témoignages que nous avons entendus ce soir répondent très largement aux attentes, notamment des jeunes. S'ils sont absents, à nous d'en tirer des enseignements quant aux modes opératoires dont nous portons la responsabilité.